Benoît XVI à Ratisbonne

 Le dialogue interreligieux, après la conférence de Benoît XVI à Ratisbonne.

« Foi et raison : un défi pour l’Islam et l’Occident »

(12 septembre 2006)

 

 

Il n’est pas sûr que le jugement porté par Benoît XVI sur l’Islam soit parfaitement pertinent, même s’il correspond globalement à ce qui est perçu par tout un chacun. Il apparaît bien, en effet, que le sens aigu de la transcendance divine dont est porteur le Coran établit une démesure absolue entre Dieu et la connaissance humaine. Que Dieu soit le Tout-Autre rend impossible sa connaissance par la raison et justifie la totale soumission à la Révélation de lui-même qu’Il a faite par des prophètes, jusqu’au dernier, Mahomet, qui en est l’achèvement. Par contre le Christianisme conçoit et enseigne l’humanisation de Dieu dans et par l’Incarnation en Jésus-Christ - Parole de Dieu. Le Transcendant est devenu Parole humaine.

 

D’un côté, musulman, Dieu exige une soumission totale, hors des normes de la connaissance rationnelle, de l’autre, chrétien, il s’agit d’une adhésion conforme aux exigences de la raison et de la conscience morale de l’homme.

 

D’un côté, musulman, les choses telles qu’elles sont expriment ce que Dieu a voulu qu’elles soient : tout ce qui est arrivé ne l’est que parce que Dieu l’a voulu ; d’où fatalisme, et à la limite justification de tout (et de n’importe quoi) puisque, si cela a eu lieu, c’est que Dieu l’a permis. Cette tendance se retrouve d’ailleurs aussi en christianisme, dans la théologie calviniste ou janséniste de la prédestination, mais dans la perspective authentiquement catholique, l’homme image de Dieu par sa raison est libre et responsable de ses actes, et sa conscience l’oblige. Telle est sa dignité.

 

Il s’agit-là de deux attitudes philosophiques assez fondamentales, habillées par deux conceptions de la « révélation » qui sont censées les justifier : Parole de Dieu incarnée en Jésus-Christ, ou Parole de Dieu dictée à Mahomet par un ange. Reste à juger l’arbre à ses fruits. Et là, aucune religion n’a rien à envier à aucune autre, dans le meilleur et dans le pire. « Tantum religio potuit suadere malorum » (Que de forfaits la religion n’a-t-elle pas inspirés) disait déjà Lucrèce, repris par Montaigne (Apologie de Raymond Sebon).

 

Le Pape souhaite que l’on parle de Dieu « en raison », contrairement à l’Islam qui considère que Dieu « n’est lié à aucune de nos catégories, fut-ce celle du raisonnable » (Benoît XVI cite là l’éditeur du dialogue entre Manuel II Paléologue et un savant persan et se réfère à l’islamologue français Roger Arnaldez), et il plaide pour un Dieu-Logos. « Au commencement était le Logos, et le Logos était Dieu » (St Jean). Le pape dénonce l’image d’un Dieu-Arbitraire et défend l’idée d’une analogie entre le Créateur et sa création, fondement de toute théologie.

 

C’est donc à un dialogue humaniste, moral et social, tourné vers l’avenir que chrétiens et musulmans doivent se sentir appelés, sans exclure, les uns comme les autres, la révision de certains dogmes qui ne sont que des interprétations humaines, provisoires, conjoncturelles, d’un message considéré comme « révélé ».

 

La conférence universitaire « Foi, raison et université, mémoires et réflexions », de Benoît XVI à Ratisbonne le 12 septembre 2006  aura peut-être permis, quand les passions seront apaisées, de progresser un peu dans le dialogue entre gens des diverses religions et humanistes, loin des absolutismes dogmatiques. Il convient d’apprécier cet appel au raisonnable émanant  de celui qui, chez les catholiques, est, par fonction, le gardien des dogmes !

 

 

Pierre Le Baut

Lecteur en théologie.

20 septembre 2006.

 

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