D'hier à aujourd'hui (suite 1)

Le 14 octobre 1960 fut rendue publique la Déclaration des Cardinaux et Archevêques de France. Le vendredi 4 novembre, je partais pour Paris où devait se tenir pendant le week-end une réunion de quelques pères dominicains et prêtres de la Mission de France sur les problèmes de la guerre d'Algérie. J'y fis une communication qui fut enregistrée et dont j'ai retrouvé le texte dans les archives du couvent Saint Jacques (Bibliothèque du Saulchoir). J'y précisais que la partie de la déclaration des Cardinaux et Archevêques concernant l'Algérie était de la plume de Monseigneur Duval, sous la pression de l'abbé Scotto. En effet, lors de la retraite ecclésiastique du mois de septembre, à Kouba, l'archevêque avait défini si clairement sa position que l'un de ses prêtres lui avait demandé de la faire connaître publiquement. "Mais cela fait six ans que je dis cela" répondit-il, refusant d'en dire plus. Quelques jours après, je l'invitai à venir au couvent où je lui demandai :  "Monseigneur, voulez-vous nous répéter ce que vous avez dit à la retraite ecclésiastique?" - "Je ne m'en souviens plus très bien". Comme j'insistais, il eut l'air gêné, puis s'exécuta en nous disant: "N'en parlez pas". La veille de son départ pour l'Assemblée des Cardinaux et Archevêques, l'abbé Scotto était allé le voir en sa résidence de Notre-Dame d'Afrique et lui avait demandé de s'exprimer publiquement dans les mêmes termes qu'à Kouba. Il n'avait pas parlé à l'abbé Scotto depuis près d'un an. Il lui répondit: "C'est la Providence qui vous envoie. Voilà trois nuits que je ne dors pas, ne sachant pas si je dois parler ou laisser parler mes collègues." À Paris, il s'est donc exprimé, sous la couverture de ses confrères dans la hiérarchie, mais le texte est de lui. Ces petits faits vrais nous révèlent son débat intérieur et sa soumission aux exigences évangéliques.

Que disait-il donc, après tant d'atermoiements et d’hésitations dans le rappel des exigences chrétiennes? On s'attendrait à une déclaration fracassante, et libératrice pour les consciences, et d'une exigence évangélique absolue: "Que votre oui soit oui, que votre non soit non" (Mat.5, 37). Mais l'évangile ne dit-il pas aussi "Que celui qui a des oreilles pour entendre entende" (Mat.13, 9), autrement dit, comprenne qui pourra, comprenne qui voudra.  C'est une manière de se donner bonne conscience sans aller jusqu'au bout de son devoir d'être compris. Dans l'horreur de cette guerre - de toutes les guerres - mais de celle-là en particulier - il aurait fallu parler sans timidité. On voit ce qu'il en a été. Certes, près d’un demi-siècle après les événements, avec le recul du temps et le développement des situations, il est plus facile de dire , “il fallait", "on aurait dû", "on devait". Mais qui dans l'Eglise tire aujourd’hui vraiment la leçon? L'histoire de l'Eglise est faite de ces grandes affirmations de principes et de devoirs ... après coup.

 Dans ce texte des Cardinaux et Archevêques de 1960, il est dit à la fois:

"Pour répondre à ces perplexités, on ne saurait recourir à l'insoumission militaire et à des actions subversives: ce serait se soustraire aux devoirs que créent la solidarité nationale et l'amour de la patrie, semer l'anarchie, enfreindre la présomption de droit dont jouissent dans les cas incertains les décisions de l'autorité légitime."

et

"Aucune instance supérieure n'est habilitée à commander un acte immoral:  il n'existe aucun droit, aucune obligation, aucune permission d'accomplir un acte en soi immoral, même si le refus d'agir entraîne les pires dommages".

 Autrement dit, devoir d'obéir et devoir de désobéir. Débrouillez-vous. Certes, il est bien de renvoyer chacun à sa conscience, sans entrer dans le détail de l'appréciation morale  de telle ou telle situation, mais en l'occurrence n'était-ce pas tenir le rôle de Pilate?

Relisons donc ce fameux texte qui fut si difficile à rédiger, qui posa tant de problèmes à la hiérarchie catholique française, qui vint après cent trente ans de colonisation assumée et six ans de guerre, et qui ne fit rien bouger :

" Le statut futur de l'Algérie doit être consacré par l'adhésion  libre de la population. Mais il est des exigences qui ressortissent à la justice et qui ne dépendent pas du libre choix des hommes; elles devront être respectées en tout  état de cause; les rappeler apparaît nécessaire.

[1] La population de l'Algérie est faite de la cohabitation de plusieurs communautés; cette cohabitation, inscrite dans le passé,   est pour l'Algérie une condition de prospérité, pour l'avenir. Les droits des communautés composant la population de l'Algérie ne sont pas opposés entre eux, mais solidaires les uns des autres. Sont donc à exclure toutes les solutions qui briseraient ou compromettraient cette cohabitation, et toutes mesures doivent être prises pour que, en toute hypothèse, les droits et la dignité de tous soient respectés sans aucune distinction.

[2] L'Algérie est un lieu de rencontres de diverses cultures et civilisations; promouvoir activement l'harmonie de toutes ces valeurs est un élément important de la paix: ainsi se trouvera assuré le plein épanouissement des personnes humaines dans le respect de leur originalité et de leur liberté, en même temps que sera procurée efficacement la prospérité matérielle du pays.

[3] Au-dessus de toutes les susceptibilités réciproques, il est indispensable d'assurer en Algérie, pour le bien des hommes qui l'habitent, pour la prospérité du pays et pour la paix de la communauté internationale, cette "collaboration constructive" que Pie XII souhaitait ardemment voir régner entre l'Europe et l'ensemble du continent africain (21 avril 1957).

En conclusion, nous désirons instamment qu'une solution  de sagesse, digne de la France et du noble exemple de désintéressement qu'elle vient de donner au monde à l'égard des jeunes nations africaines, apporte le plus rapidement possible à l'Algérie une paix équitable, respectant toutes les aspirations légitimes, les droits, les intérêts, les traditions des diverses communautés pour que, toutes ensemble, elles travaillent à la prospérité de l'Algérie enfin pacifiée.

Peu avant cette déclaration, le 6 septembre 1960, et l'ayant sans aucun doute provoquée, avait été signée par 121 écrivains, artistes, universitaires, une "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie"* qui disait très explicitement :

" Les soussignés, considérant que chacun doit se prononcer sur des actes qu'il est désormais impossible de présenter comme des faits-divers de l'aventure individuelle; considérant qu'eux-mêmes, à leur place et selon leurs moyens, ont le devoir d'intervenir, non pas pour donner des conseils aux hommes qui ont à se décider personnellement face à  des problèmes aussi graves, mais pour demander à ceux qui les jugent de ne pas se laisser prendre à l'équivoque des mots et des valeurs, déclarent:

- Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien.

- Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

- La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres."

Deux consciences, deux mentalités, deux styles, deux courages, deux efficacités. Mais on ne peut être une institution sans que cela implique inévitablement une prise de position de groupe et non seulement de renvoi à la liberté personnelle. Ce n'est là qu'un point particulier d'application de la transformation de la foi en religion. Toute l'histoire de l'Eglise la crie à qui veut bien l'entendre. Mais "il n'y a pire sourd..." et je m'étonne encore naïvement d'avoir pu recevoir sans broncher l'enseignement d'une histoire de l'Eglise ancienne et contemporaine aussi auto-justificateur que celui qui nous était dispensé au cours de nos études.

 Le Père Congar, dans une lettre du 14 octobre 1960 adressée aux frères qui devaient se réunir à Paris le 5 novembre, écrivait notamment :

"J'admets la légitimité de certains actes de civisme illégal (j'adopte cette catégorie et ce vocabulaire). Même, dans les conditions que j'ai dites, celle de l'objection totale. Faisant cela, je suis cependant sensible à l'extrême gravité de tels actes surtout émanant de guides intellectuels et moraux; surtout posés dans un moment de véritable - et combien inquiétante - déliquescence de la conscience."

De son côté, le philosophe Paul Ricœur répondait en substance: "nous ne pouvons condamner l'insoumission; nous ne pouvons conseiller l'insoumission". Quel aveu, et quel désengagement.

Etait-il possible de parler et d'agir autrement? Aujourd'hui, je réponds oui. C'était même un devoir. Et, ce disant, je me condamne moi-même. On peut parler, en cette circonstance précise, de "trahison des clercs" quand les clercs en question mettent six ans à parler avec tant de précautions et de nuances. 

Parallèlement à ces problèmes qui occupaient le premier plan de la conscience individuelle et collective en ces années 1958-1962, un événement d'une tout autre nature nous occupait et mobilisait nos énergies: l'annonce, la préparation, puis le début de réalisation du Concile Vatican II qui suscitèrent tant d'espérance.

Déjà, en ce qui me concerne, les premières évolutions liturgiques des dernières années du règne de Pie XII, comme la réforme de la semaine sainte, l'autorisation des messes du soir, la timide entrée de la langue vernaculaire dans certains éléments du rituel, m'avaient fait dire qu'en dix ans, l'Eglise avait commencé de remonter une pente qu'elle descendait depuis dix siècles. Combien plus l'annonce du Concile le 25 janvier 1959 par Jean XXIII fit-elle lever les espoirs les plus échevelés : un mai 1968 dans l'Eglise avant 1968! Même si, après Vatican II, rien ne devait plus être comme avant, quelle retombée, quelle déception concernant l'essentiel.

Au couvent comme dans le diocèse, je pris un peu la tête du mouvement, en me spécialisant, si je puis dire, dans l'enthousiasme préconciliaire, en essayant de participer à la préparation des schémas proposés aux évêques. Monseigneur Gaston Marie Jacquier*, évêque auxiliaire d'Alger, tertiaire dominicain, me communiquait  sub secreto  les textes qu'il recevait, pour avis. Je multipliais articles, causeries, réunions. À la messe dominicale radiodiffusée, dès l'ouverture du Concile, j'obtins une prolongation d'émission  de dix minutes pour donner, sous forme de flash, des nouvelles du Concile.

On pouvait sentir aux réactions suscitées d'incrédulité, d'indifférence ou de scepticisme, que les hiérarchies intermédiaires suivraient difficilement l'impulsion donnée par Jean XXIII. Les clivages sont sensiblement les mêmes en religion qu'en politique: le traditionalisme et le colonialisme sont proches parents. Plus qu'une question de foi, c'est une affaire d'attitude générale, de prédisposition intellectuelle et affective. Il est assez troublant de réaliser ainsi combien chacun  est peu libre de ses jugements. On réagit selon son tempérament, alors même qu'on croit bâtir les raisonnements intellectuels les plus rigoureux pour défendre telle ou telle position. Il y a des familles d'esprit, des idiosyncrasies déterminant les positions politiques, philosophiques, religieuses, qui ne sont rien moins que rationnelles. Cette remarque doit nous rendre plus modestes et moins intransigeants, sans pour autant nous rendre sceptiques ou indifférents. Et quoi qu'en aient eu certains de nos professeurs de philosophie, toutes les positions ne sont pas acceptables pourvu qu'on sache les argumenter correctement!

 

Juillet 1962 - Décembre 1965

De l'illusion à la désillusion :

l'épreuve de la médiocrité et des pesanteurs

en Algérie, dans l'Eglise

et dans l'Eglise en Algérie.

 

Après les accords d'Evian du 19 mars 1962, après le drame de l'O.A.S. et de l'exode des Européens en avril-juin 1962, après l'euphorie des premiers jours de l'indépendance (je parle bien sûr pour ceux - rares - qui sont volontairement restés en Algérie et pour ceux qui y sont venus ou revenus alors), il fallut s'installer dans une société où nous n'avions plus de références idéologiques ni d'appuis sociologiques. Et nous avons mis un certain temps, si je puis dire, à ne pas trouver l'équilibre d'une véritable algérianisation. L'avenir devait montrer, et montre encore plus de quarante ans après, qu'il n'était pas véritablement possible de devenir algérien si on ne l'était pas sociologiquement de langue, de moeurs et de religion.  Pour la cinquantaine de prêtres et de religieuses et les quelques très rares laïcs qui demandèrent et obtinrent la nationalité algérienne * (double nationalité prévue par les Accords d'Evian), l'intégration ne se fera pas vraiment. Malgré tout, les membres du clergé qui firent cette démarche y croyaient, ou plus exactement faisaient tout pour y croire, et se mirent au service de l'Algérie algérienne nouvelle. Il n'était donc pas question de critiquer le nouveau régime; il fallait laisser au temps de faire son office et aux hommes de mûrir.

Au mois de mai 1963, nous avons quitté le couvent du Chemin Laperlier, gouffre financier : nous aurions dû rembourser sur nos emprunts 5.400.000 NF en 1962 et nous ne disposions que de 1.600.000 NF.  Nos 20 cellules pour 6 religieux étaient de trop, avec toutes les dépendances, parloirs, et salles de conférences, notre « clientèle » chrétienne ayant fondu comme neige au soleil. Malgré la location de 15 chambres à des étudiants algériens plutôt désargentés, nous ne pouvions plus faire face. Nous avons donc décidé de nous installer plus modestement. Après bien des recherches, aussi bien au cossu Télemly qu’à la basse et populeuse Casbah, nous avons opté pour un assez vaste appartement (12 pièces) au 92 rue Didouche Mourad, laissé vide par une Compagnie d’Assurances « La Flandre » pour lequel, au mois de mars, j’avais obtenu une option prioritaire de location le jour même où l’Ambassade d’Allemagne Fédérale nous donnait enfin un accord de principe pour la location du couvent (à l’exception de l’Eglise qui restera paroisse encore un an) pour la somme de 3.000.000 NF par an (soit environ 530.000 €) que nous verserons à la Banque de Paris et des Pays-Bas, épongeant ainsi nos dettes qui couraient depuis la construction du couvent en 1956 (46.000.000 NF). La location de l’appartement fut d’autant plus aisément réglée que je connaissais bien le fils de l’Assureur, qui lui-même connaissait bien mon père! Le loyer fut ramené de 1.000 NF à 800 NF par mois, valeur 1963 (soit environ 700 €). C’était un tournant important que nous prenions, après avoir mûrement réfléchi et qui allait décider de notre avenir algérois, algérien et ecclésial. 

Le 3 juin 1963 mourait  le Pape Jean XXIII.

Dans l'Eglise, il y avait encore fort à faire. Le Concile avait juste commencé. La réforme liturgique, prétendument pierre de touche de l'esprit de rénovation, se mettait en place. Difficilement en fait, car l'Archevêché, par exemple, n'empêcha pas l'organisateur de la messe radiodiffusée, Joseph Schmitz-Epper, de la faire chanter en grégorien le premier dimanche de carême 1964, jour officiel de l'entrée en vigueur de la réforme liturgique, "puisque ce n'était pas interdit". Détail sans doute, mais combien significatif.

 Le 31 décembre 1963, je notais dans la Chronique conventuelle :

« À quinze heures, à l’Archevêché, vœux du clergé à Nos Seigneurs les Evêques. Le pied est nettement sur le frein et pas du tout sur l’accélérateur. ‘Ne pas croire que l’aggiornamento signifie la modification de ce qui s’est toujours fait et qui est très bien ‘, tel est le sens du discours de Monseigneur Duval ».

Tout au long de l'année 1963, nous avions multiplié les contacts pour lancer une nouvelle revue qui prendrait la suite des Cahiers Religieux d'Afrique du Nord, revue qui avait cessé de paraître début 1961, après que nous avions reçu nombre de désabonnements et que nos lecteurs s’étaient par trop raréfiés. La recension  enthousiaste que j'y avais faite du livre de Jules Roy, La Guerre d'Algérie, n'y était pas étrangère. L'Eglise en Algérie manquait de lieu d'expression. Après avoir consulté Jésuites, Pères Blancs, clergé local, religieuses, laïcs (surtout de la Paroisse Universitaire  et de l'Association d'Etudes - groupement de jeunes libéraux animé par des Jésuites), nous avons lancé en janvier 1964 le n° 0 d'une revue intitulée Aujourd'hui  qui rassemblait les signatures des chrétiens les plus engagés alors dans le double combat de l'aggiornamento  conciliaire et de l'algérianisation de l'Eglise. Mais, dès le n° 1, daté de Pâques 1964, nous eûmes bien des difficultés à obtenir l'imprimatur, encore nécessaire, pour un article sur la « Pauvreté dans l'Eglise », parce que le Père Caboche, citant le Père Congar, y dénonçait l'invasion du juridisme. D'autres réticences, venant de l’évêché, concernant l'opportunité d'une déclaration conciliaire sur l'Islam, nous obligeront à modifier le texte rédigé par un groupe d'universitaires dans le cadre de la préparation du texte conciliaire sur L'Eglise et le monde. Je ne prétends certes pas  qu'un texte, quel qu'il soit, élaboré par un groupe de fidèles, puisse se présenter comme traduisant la pensée de l'Eglise et les rédacteurs de la Revue ne se prenaient pas pour le Concile, mais ils récusaient, et moi avec eux, le principe même de l'imprimatur, symbole de l'autoritarisme clérical. En janvier 1965, un article d'André Mandouze*, rédigé pour le N° 5 de la revue n'aura pas ledit  imprimatur. Le 18 janvier, je notais dans la Chronique conventuelle: "auteur et censeur semblent irréductibles", et le 24 janvier: "A midi, grand repas chez Mgr. Duval, avec Mgr. Jacquier, le P. Biot, le P. Le Baut, le chanoine Scotto, l'abbé Bonamour, M. André Mandouze et Melle Duval, nièce de l'Archevêque. L'affaire de l'imprimatur ne s'arrange pas." Le lendemain, 25 janvier, annonce officielle était faite de la promotion de Monseigneur Duval au cardinalat. L'article ne parut pas.

 Les réunions se multipliaient cependant de laïcs pleins d'espoir qui croyaient encore que le Concile allait faire d'eux des membres à part entière de la cléricale Eglise. Pour ma part, je me répandais, avec un optimisme tout aussi peu réaliste, en conférences sur ce que serait l'oecuménisme après Vatican II, conférences qui rencontraient un scepticisme poli chez les Protestants, échaudés par plusieurs siècles de contre-réforme, et une vague inquiétude dans le monde catholique qui sentait ses certitudes ébranlées: si l'on touche à une seule carte du château, tout risque de s'écrouler. Je me souviens, à ce propos, que Monseigneur Duval nous avait rapporté, un jour qu'il déjeunait au couvent, cette réflexion d'une supérieure religieuse américaine rencontrée à Rome :

"Si vous autorisez la liturgie en langue du pays, demain les prêtres célébreront la messe en bras de chemise et après-demain ils se marieront!"

Monseigneur Duval opinait, et il n'avait pas tort, mais cette prédiction impliquait-elle la condamnation que ces Excellences et Révérendes Mères y voyaient? La question peut encore être posée.

Voici un autre exemple de lourdeur et de lenteur dans l'évolution de l'Eglise, à l'heure du Concile, de l'ouverture aux religions non - chrétiennes, du respect des consciences: depuis des mois, j'essayais d'obtenir l'autorisation de célébrer le mariage d'une Catholique et d'un Musulman dans le respect des convictions de l'un et de l'autre. Dans la Chronique conventuelle, on peut lire à la date du 29 avril 1965 :

"Nous célébrons dans notre oratoire le mariage de Melle S. avec un algérien musulman, ayant obtenu la dispense de disparité de culte, sans aucun engagement de la part du conjoint non - chrétien. C'est le troisième cas seulement dans le diocèse. Fruit du Concile! mais il a fallu cinq mois de démarches et d'insistance du P. Le Baut pour y parvenir.

Ce que la Chronique ne dit pas, c'est que j'avais fait savoir à Monseigneur Jacquier, lors d'une ultime négociation, que cette demoiselle était enceinte. Quarante ans après, les trois filles nées de ce mariage sont chrétiennes, par décision personnelle, la mère toujours militante et le père toujours musulman.

 Il était pénible de se sentir suspect, d'être freiné en tout. Mais nous croyions encore à la puissance de renouveau dans l'Eglise. La patience est-elle toujours une vertu? N'est-elle pas parfois une facilité ou une démission? J'ai trop approché les "grands" de l'Eglise, comme, depuis, ceux de la société civile, pour ne pas souffrir de leur humaine médiocrité et pour ne plus me réfugier derrière leur conscience. Être solidaire d'une société temporelle, nationale ou ecclésiale, quand l'une comme l'autre affirme sa doctrine comme normative n'est pas nécessairement juste ni justifiant. Dans certains cas, il faut se soumettre ou se démettre, dit-on. Mais se soumettre c'est presque toujours trahir sa conscience, et se démettre ne résoud qu’un problème personnel. Alors que faire? Contester les prétentions totalitaires desdites sociétés, ne pas les laisser en repos. Ou leur tourner le dos, ce qui est une autre manière de les combattre, en ne leur attachant pas l'importance qu'elles prétendent avoir.

 Bref, on commence à le sentir, une certaine lassitude gagnait notre petite équipe. En outre, l'effritement des communautés chrétiennes en Algérie, la diminution en conséquence des activités apostoliques nous posaient la question de notre identité. Que faisions-nous encore là? La revue Aujourd'hui  répondait à cette question par l'idée et la mystique du "témoignage". Mais ce témoignage se devait d'être incarné dans une activité concrète au sein de la communauté humaine d'élection qu'était pour nous l'Algérie indépendante.

En septembre 1964, le Père Chavanes avait hésité à accepter un poste dans un C.E.G. (collège d'enseignement général) dans la région de Médéa, d'Orléansville ou de Tizi-Ouzou, de toute façon dans le bled, donc loin d'Alger. Son absence aurait ruiné, nous semblait-il, le peu de vie conventuelle qui demeurait dans notre communauté, et, sur notre avis et avec l'accord du Père Provincial, il avait fini par refuser la proposition qui lui était faite. Il se décidera cependant à quitter provisoirement l'Algérie pour aller se former à Eveux, près de Lyon, pour suivre à l'IRFED (institut fondé par le Père Lebret, dans la mouvance d'Economie et Humanisme) des cours qui le qualifieraient en "sciences économiques et techniques de développement".

Durant toute l'année 1964, nous avions essayé une insertion nouvelle en milieu algérien, en acceptant l'idée de diriger une Librairie - Centre de documentation, que Georges Hourdin et le Père Boisselot, des éditions du CERF, voulaient ouvrir à Alger sous le patronage de la revue Croissance des Jeunes Nations. Le local devait en être situé tout en haut de la rue Charras, à deux pas des Facultés, mais aussi à deux pas du local des étudiants tenu par les Pères Jésuites. Hélas! Le jeudi 14 mai 1964, je notais dans la Chronique conventuelle :

"Offensive jésuite de grand style au sujet du Centre Croissance que nous projetions d'ouvrir. Il faut bien dire projetions, car l'affaire semble bien compromise. Le Père Coignet s.j., aumônier du  C.C.U. (Centre catholique universitaire) semble réaliser tout à coup que ce sont des Dominicains qui songent à avoir ainsi pignon sur rue en milieu étudiant, et il dit craindre le pire pour lui et pour nous : à savoir les réactions du Gouvernement algérien. Il alerte ses supérieurs et écrit à Hourdin. Visite du Père Noir et du Père de Fenoyl. Les Pères Le Baut et Chavanes les reçoivent très affablement. Il est sage, leur semble-t-il, de ne rien faire avant octobre prochain. D'ici-là, on y verra peut-être plus clair."

Et de fait, Georges Hourdin et nous-mêmes renoncerons à ce projet, dont la dimension commerciale ne relevait pas de notre vocation.

 Le Père Provincial, de passage à Alger, me confirma dans la charge de Supérieur de la communauté, le 3 octobre 1964, pour un troisième triennat.

 Toujours en recherche d'une insertion plus vraie dans le pays, accompagné du Père Cadart, je partis, dès le 5 octobre, pour Tlemcen* étudier la possibilité de nous établir dans l'ancienne abbaye bénédictine, abandonnée par son fondateur, Dom Walzer, qui y avait établi une petite communauté contemplative et un centre scolaire. Sur place, malgré la séduction des lieux, il nous sembla inimaginable de reprendre cette fondation, qui aurait été trop éloignée de notre vocation de frères prêcheurs, même si cela aurait pu être une façon de nous immerger dans un milieu purement algérien, au lieu d'être liés à la communauté européenne des coopérants.

 Toutes ces recherches communautaires ayant échoué, il ne resta plus qu'à trouver des réponses individuelles à notre problème, comme le Père Chavanes venait de le tenter, ou comme le frère Christian Massart, qui avait pris en charge cinq heures de cours de mathématiques par semaine, dans le cadre de la formation professionnelle.

Je notais, dans la Chronique conventuelle du 10 janvier 1965 :

"La communauté passe un dimanche tranquille, silencieux, plus ou moins studieux, sans occupations pastorales, comme c'est le cas bien  souvent et comme ce le sera de plus en plus sans doute. Certains prennent ça allègrement et lisent dans un fauteuil, d'autres donnent des signes manifestes d'ennui."*

Cet ennui sera salutaire dans la mesure où il nous fera réfléchir à la signification de notre présence sacerdotale et religieuse dans une société qui n'attendait rien de ce que nous aurions voulu lui apporter, au nom d'une Eglise qui n'était pas encore déshabillée de sa patrie terrestre et qui n'était pas à la veille de l'être.

Le 23 août 1965, le Père Chavanes, qui avait obtenu par ailleurs la nationalité algérienne, reçut l'assurance que son diplôme de l'IRFED avait l'équivalence du titre d'Ingénieur des travaux agricoles, et qu'à ce titre, il aurait un poste au ministère de l'Agriculture (au service des études et statistiques). Il y prit ses fonctions le 7 septembre. Il restera vingt ans, jusqu'à sa retraite.

La Chronique conventuelle et le résumé qu'en fait une note transmise le 29 septembre au Bulletin de la Province de France Ut sint unum, montre bien comment nous cherchions à tâtons à nous situer dans le monde algérien tout en demeurant liés au diocèse d'Alger par un ministère traditionnel de prédication, de conférences et d'aumôneries. Notre appartement / couvent du 92 de la rue Didouche Mourad (ex rue Michelet, en plein centre bourgeois d'Alger, où nous avions emménagé en juin 1963) devint un lieu de passage très fréquenté, non seulement par les coopérants, mais aussi par les frères dominicains qui faisaient, surtout l'été, du tourisme apostolique, ou qui venaient goûter à la "révolution d'autrui" Nous plaisantions à l'époque en déclinant les dix commandements du coopérant, en particulier : "Tu ne convoiteras pas la révolution d'autrui".

 

Janvier 1966 - Septembre 1968

L'émiettement, ou :

comment sortir de l'impasse institutionnelle.

Nous voici donc engagés sur un chemin dont nous ne savions pas où il nous mènerait. Nous naviguions à vue, tâchant d'être fidèles aux sollicitations de la communauté chrétienne dont nous étions, et de la communauté algérienne dont nous aurions voulu être. À l’égard des deux cependant nous étions souvent critiques, - davantage d'ailleurs à l'égard de la première que de la seconde.

 Notre situation dans l'Eglise était à la fois ambiguë et gratifiante. Religieux, nous étions "exempts" de l'autorité directe de l'évêque. Nous jouissions de certaines franchises, et nous n'avions que des comptes indirects à rendre à la hiérarchie locale. Cela nous permettait de nous comporter un peu en francs-tireurs, sans rupture. En particulier, cela nous permettait de nous mettre "au travail", par un engagement laïc, profane, professionnel, sans en avoir l'autorisation formelle du Cardinal, autorisation qu'il refusait aux membres de son clergé. Comme me le dira un jour un collègue de travail, marxiste convainci, ingénieur électricien à la Sonathyd, où j'étais alors responsable du recrutement et de la formation : "Vous êtes les premiers à abattre, car vous êtes l'alibi de l'Eglise et de la bourgeoisie".

 Après l'engagement du Père Chavanes au ministère de l'Agriculture et celui du frère Christian Massart dans la Formation des adultes (mathématiques), après la valse-hésitation du Père Caboche entre le Conservatoire de la ville d'Alger pour la diction et le théâtre et l’Ecole des Beaux-arts (section peinture), une occasion tout à fait originale de m'insérer dans le monde algérien musulman se présenta à moi. Notre voisin d'immeuble, à l'étage supérieur, était un ancien cadi (juge), réfugié en Tunisie pendant la guerre d'Algérie, nommé, à son retour après l’Indépendance, d'abord professeur d'arabe au lycée Okba puis au lycée Emir Abd-el-kader (ex-Bugeaud), et pour finir Directeur de l'Administration au ministère des Habous (ministère du culte, des biens religieux, et de l'enseignement coranique). Ses fonctions administratives auraient été pour lui une sinécure s'il ne lui avait fallu rédiger tant de rapports. Il me sollicita à plusieurs reprises*. Je finis par accepter cette curieuse situation d'être à moi seul le "Bureau d'études" du ministère des Habous.

 De quoi s'agissait-il? L'Algérie, république démocratique et populaire, n'avait pas, après la chute d'Ahmed Ben Bella, sous le règne de Houari Boumedienne, d'Assemblée Nationale pour discuter des projets de lois et les voter. Celles-ci étaient promulguées par le Conseil des ministres après que chaque ministère, dûment consulté, eut donné par écrit son avis. Pour le ministère des Habous, c'était notre voisin qui était chargé de préparer ces réponses. Ce fut moi désormais. Ce fut donc l'essentiel de mon travail que d'étudier chaque jour les projets de lois et de formuler l'avis du ministère du culte musulman. Cela pouvait aller, je m'en souviens, du calibrage des lentilles à la réglementation de la participation des jeunes Algériens à des camps de vacances à l'étranger. Je donnais des avis qui se voulaient à la fois socialistes et religieux, en essayant de me mettre dans l'esprit du ministre du culte musulman. Mon point de vue n'était pas toujours bien reçu: par exemple, j'avais approuvé l'idée de poser des critères objectifs, économiques et sociaux, pour déterminer quels seraient les jeunes qui pourraient bénéficier de séjours éducatifs à l'étranger, de telle sorte que ce ne soient pas les seuls petits-bourgeois privilégiés de la nouvelle nomenklatura  qui soient désignés. Mon directeur me répondit sentencieusement: "Dieu ferme sa porte à qui il veut et l'ouvre à qui il veut. Je ne vois pas pourquoi mes enfants n'en profiteraient pas, s'ils le peuvent".  Et l'avis donné à la proposition fut négatif !

Plus intéressante fut la rédaction du "statut des ministres des cultes": du statut du muezzin à celui de l'Imam prédicateur, jusqu’au statut des ministres des cultes chrétiens (catholiques et protestants) que je rédigeai entièrement. Ce statut prévoyait que seraient rémunérés au même titre que les Imams les Prêtres de nationalité algérienne chargés d'une paroisse (675 dinars par mois, soit environ 3.000 francs français d’alors). Il y en eut une dizaine en tout, ce qui me valut, a posteriori, lorsque je quittai le Ministère des Habous, d'avoir un certificat de travail pour la période allant de janvier 1966  à septembre 1968 à titre de "ministre du culte". Je dus également rédiger, pour que le Ministre la présente en Conseil des ministres une "Défense et illustration" des Instituts islamiques (les correspondants de nos petits séminaires).

 Lorsque la demande m'avait été faite d'entrer au service de ce Directeur, j'avais pris conseil des frères. La situation était assez piquante pour que nous soyons tous d'accord pour tenter l'aventure. J'informai, après coup, l'évêque auxiliaire, Monseigneur Jacquier, qui ne fit pas opposition, sentant bien qu'il serait important le cas échéant d'avoir des informations prises à bonne source. Ce travail m'occupa à peu près à mi-temps, car mon Directeur avait mille et une raisons de ne pas être à temps complet à son bureau, où il me conduisait en voiture. J'avais donc, à mon  tour, trouvé ce que l'on appelait une "insertion" en milieu algérien (c'était plutôt elle qui m'avait trouvé), et j'avais à nouveau une situation qui me mettait un peu à part dans le clergé : deux fois "exempt" en quelque sorte.

 Dans ce milieu ministériel, je découvris bien vite que le plus socialiste, le moins bourgeois, et le plus religieux, c'était encore bien moi. Le manque de sérieux administratif, politique, social, des dirigeants s’y révélait de façon assez pénible. Constat qui s'ajoutait à la déception que j'éprouvais dans l'Eglise lorsque j'y fréquentais de près la haute hiérarchie. Ces remarques rejoignaient celles aussi désabusées, du Père Chavanes qui souffrait, au Ministère de l'agriculture, du manque de qualité humaine et de sérieux professionnel des "directeurs".

Comment croire en la révolution algérienne démocratique et populaire, et comment croire en l'aggiornamento de l'Eglise?

 Pour ce qui est de la révolution algérienne, il ne nous appartenait pas de la convoiter, ni de la juger. Nous ne pouvions qu'assister à ses premiers pas, hésitants, quelquefois enthousiasmants, le plus souvent décevants, surtout lorsqu'on approchait de très près  certains de ceux qui auraient dû en être les moteurs. Quarante ans après, il est sans doute encore trop tôt pour faire un bilan. Comme le disait le Père Samson, avec un certain humour jésuite, lorsqu'on l'interrogeait pendant la guerre d'Algérie: "La situation est fort complexe et elle évolue d'heure en heure". Après les événements sanglants de 1988, les bouleversements de 1990, l'assassinat du Président Boudiaf, en 1992, la guerre civile fratricide que mène sourdement le Front Islamique du Salut, ne faut-il pas, hélas, en dire encore presque autant aujourd’hui ? L'embourgeoisement de la révolution algérienne, dès ses premières années, faisait mal. Très vite, les "cadres" du Parti unique, avec leurs pleins pouvoirs, s'installèrent, et l'austérité du Président Boumediene et de sa famille  n'empêcha pas la formation d'une caste de privilégiés du régime. "Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument".

Il en allait de même, et dans le même temps, de l'enlisement du Concile Vatican II. Pendant le Concile lui-même, les propos lénifiants et sédatifs de notre épiscopat produisaient l'effet contraire: ils nous énervaient et nous excitaient, mais ils nous incitaient à parler plus et plus fort. Je ne relis pas sans émotion, mais aussi avec amertume, les lignes que j'écrivais en 1966-1967, années où je fis près d'une centaine de conférences sur les textes conciliaires. Que d'espoirs trompés par une institution qui mettra peut-être des siècles à assumer l'esprit de Vatican II et qui ne le fera sans doute que lorsqu'il sera trop tard.

Partagé entre la révolte et la lassitude, mais tenant des propos que je croyais fidèles à l'esprit du Concile, ne voilà-t-il pas que je me faisais accuser d'être "trop protestant" par le Pasteur de l'Eglise Réformée où je participais à un groupe de réflexion! Il est vrai que les positions conciliaires de l'Eglise catholique pouvaient mettre mal à l'aise certains protestants, car bien des revendications de Luther nous semblaient désormais sans objet ayant apparemment été prises en compte par Rome. Ils n'eurent pas longtemps à attendre pour être rassurés: ils avaient et auraient encore longtemps de bonnes raisons de n'être pas catholiques romains. Fondamentalement, le Concile n'avait rien changé à la structure autoritaire de l'Eglise. Un signe de l'enlisement prévisible du Concile fut pour moi qui le connaissais bien, la nomination du Cardinal Duval à la commission de réforme du Code de droit canonique: qu'attendre du juridisme strict d'un tel réformateur?

Ainsi, les années 1966-1968 étaient lourdes d'espoirs déçus. Après la reconversion opérée lors du transfert de notre lourd et prétentieux couvent du chemin Laperlier dans l'appartement plus discret, encore que bien vaste et bourgeois, de la rue Didouche Mourad, il y avait eu l'insertion professionnelle profane de ceux qui le pouvaient. L'arabisation allait venir avec l'arrivée de frères plus jeunes, comme les pères Jean-Marie Mérigoux et Pierre Claverie, dont j’obtins l’assignation à Alger de haute lutte au Chapitre Provincial. Ils allaient tous deux apprendre longuement et courageusement l'arabe classique sous la houlette de Sœurs libanaises qui apportaient à l’Eglise algérienne leur culture et leur ouverture au monde musulman. De ce fait, ils ne s'intégrèrent pas immédiatement à notre communauté, mais lui donnèrent un alibi : collectivement, nous n'étions plus totalement étrangers à l'algérianité linguistique qui devenait la loi.

 En novembre 1967, le Père Nicolas Rettenbach, Provincial, nous avait demandé d'envisager notre rattachement et celui de la maison de Casablanca, au Vicariat du Monde Arabe, et non plus directement à la Province de France. Songeant à me confier les fonctions de Vicaire Provincial, il me demanda, lors de son passage à Alger les 1er et 2 décembre, d'aller visiter les maisons de Beyrouth*

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