En ce 23 août

En ce 23 août 2014, à l’aube de ma 90me année, ces quelques lignes qui veulent transmettre ce que je retiens de tout l’évangile, de tout l’enseignement d’un certain fils de charpentier de Nazareth, Ieshoua, fils premier-né (selon l’évangile de Luc 2 7) de Myriam, de père inconnu puisque Youcef ne “connut” son épouse qu’après sa naissance…(selon l’évangile de  Matthieu 1 25).

Et ce que je retiens, ce qui a illuminé mon esprit et construit ma conscience morale, c’est cette véritable révolution copernicienne qu’a opérée la parabole du bon samaritain. Je l’ai dit et écrit depuis 1964 (Revue “Aujourd’hui”, 92 rue Didouche Moural, Alger).

 En deux mots : à la question « Qui est mon prochain ? » Jésus répond par une autre question « Qui a été le prochain de l’homme tombé entre les mains des brigands ? » (Luc, 1030-37). L’interrogation est entièrement retournée : il ne s’agit plus de savoir quelles seraient les qualités requises pour faire d’autrui un plus ou moins proche de moi, mais de savoir de qui, moi,  je suis proche. Il s’agit de moi et non pas des autres. « Etre ou ne pas être un homme » qui reconnaît tout homme, toute situation humaine comme l’appelant,  l’engageant, sous peine de n’être pas digne de ce titre d’homme. Il m’appartient d’être proche, et  non pas à l’autre de m’être proche.

Ce renversement de la situation, à mes yeux, définit toute la morale chrétienne. Car, toujours à mes yeux, le christianisme est d’abord une morale.

 Les « dogmes », de la naissance virginale au tombeau vide, à la résurrection et l’ascension, relèvent du mythe incontrôlable, anhistorique, de la foi en des événe-ments fondateurs. Saint Paul le savait bien, qui faisait cette confidence, nous révélant son interrogation secrète : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine et nous sommes les plus malheureux des hommes » (1ère aux Corinthiens, 15). En quoi il n’allait pas au cœur de l’enseignement du Christ et de sa « révolution » morale. Il ne s’agit pas des autres, mais de moi, de mon comportement dans la vie.

 C’est un pari à faire, non pas celui de Pascal, mais celui d’Unamuno : « Si le néant devait nous être réservé, vivons de telle sorte que ce soit une injustice ! » (Le sentiment tragique de la vie, p. 287 – texte découvert et mémorisé depuis 1945).

 A nous de jouer et à nous seuls. Le comportement d’un chacun dans sa vie de relations avec les autres hommes et le monde qui nous environne juge chacun. Telle est, à mes yeux, la loi et les prophètes. Que nous le voulions ou non, nous sommes seuls  vraiment responsables de notre destinée terrestre.

 

Pierre Le Baut. 

 Le bon samaritain

(Evangile selon saint Luc, chapitre 10, versets 30 à 37)

 Pour mettre Jésus à l'épreuve, un docteur de la Loi lui posa cette question : "Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? "

Jésus lui demanda : " Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit ? Que lis-tu ? "

L'autre répondit : " Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même.

Jésus lui dit : " Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie. "

Mais lui, voulant montrer qu'il était un homme juste, dit à Jésus :

" Et qui donc est mon prochain ? "

Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l'avoir dépouillé, roué de coups, s'en allèrent en le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l'autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l'autre côté. Mais un Samaritain, qui était en voyage, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de pitié. Il s'approcha, pansa ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent et les donna à l'aubergiste, en lui disant : " Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai. "

Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme qui était tombé entre les mains des bandits ? "

Le docteur de la Loi répond : " Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. "

Jésus lui dit : "Va, et toi aussi, fais de même.

..... 

Quand j’étais au couvent d’études du Saulchoir, de 1948 à 1955, une plaisanterie potache disait :

«  Deux vieux maîtres en théologie, l’un enseignant le dogme et l’autre la morale, s’étaient promis que le premier qui mourrait apparaîtrait à l’autre pour lui dire ce qu’il en était dans l’au-delà. Ce qui se passa. Et le moraliste, mort le premier, dit en songe au dogmaticien: Pour la morale, c’est à peu près ça, mais pour le dogme: rien à voir![1] »

 

Il est vrai que chaque religion essaie de théoriser avec sa propre petite logique humaine et de construire un système plus ou moins cohérent à partir d’une idée de base: Dieu tout puissant, Dieu exigeant, Dieu amour, etc. Mais, en vérité les “théologiens” ne sont que des “théologiciens” et la logique humaine est bien inadaptée. D’où cette formule de Lucrèce, déjà, reprise par beaucoup depuis: Comment la religion a-t-elle pu susciter de tels crimes! Tantum religio potuit suadere malorum!

Il m’aura falluun certain temps, 25 ans, pour passer de la parole à la vraie vie... Mais il y eut Réjane et voici plus de 44 ans que cela dure.  Deo gratias ! Tout bien pesé, je ne regrette rien car je n’ai pas trop à rougir de ce que j’ai dit, mais davantage sans doute de ce que je n’ai pas fait...

 Un grand merci à la vie, et à Réjane, la courageuse.

 

 

 

 

 



[1] Ce genre de plaisanterie avait cours également dans le monde littéraire ! On raconte, en effet, que Claudel et Gide s’étaient promis que le premier qui mourrait informerait l’autre sur l’au-delà. Quand Gide mourut, en 1951, il apparut à Claudel pour lui dire : « L’enfer n’existe pas. Prévenir Mauriac ! » 

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