Fils de l'Un ou Fils de l'Autre?

Fils de l’Un ou Fils de l’Autre ?

 

 

Pierre JC Allard[1] a publié un excellent roman de religion fiction dans lequel il fait prendre au « Fils de l’Autre », c’est-à-dire au Fils de Satan le contrepied de l’évangile du « Fils de l’Un », qu’on appelait en son temps « Fils de Dieu » ou « Fils de l’Homme », Jésus de Nazareth. Démonstration humoristique mais rigoureuse de ce que serait le monde où l’esprit évangélique d’humilité, de détachement, de service, serait remplacé par l’amour de l’argent et la recherche du Succès. Ce qui n’est pas loin d’être le cas dans un monde où tout est volonté de puissance, commerce et profit.

 

Ce livre donne donc à réfléchir, comme en son temps « 1984 » de George Orwell, en poussant les choses à l’extrême et en révélant par là leur vraie nature! Mais il se trouve que l’évangile de Jésus, « Fils de l’Un », porte en lui une « révolution copernicienne »  à laquelle on porte généralement peu d’attention et qui mérite réflexion.

 

En effet, la religion ne concerne pas que nos relations avec Dieu : elle détermine nos relations, nos liens, avec les autres hommes, avec notre « prochain ». Or la question : « Qui est mon prochain ? » qui se pose immédiatement, suppose qu’il faille choisir entre plusieurs,  qui seraient proches ou lointains, plus ou moins proches ou plus radicalement lointains. Et c’est cela que récuse le Prophète de Galilée, par le détour d’une parabole. Ce ne sont pas les autres qui seraient plus ou moins éloignés, c’est moi qui dois être proche. Il s’agit de ma proximité et non pas de la leur. Il n’y a pas à choisir. Pas de discrimination. Il s’agit d’être, de savoir ce que je suis. Et mon comportement est mon seul juge. Il ne s’agit pas de savoir si l’autre est plus ou moins loin selon ses qualités et ses mérites (les « bons pauvres »), mais si moi je suis près et disponible. Rappelons ce texte fondateur.

 

La parabole du bon Samaritain

Évangile selon saint Luc, chap. 10.

 

25 Un enseignant de la Loi se leva et posa une question à Jésus pour lui tendre un piège.

- Maître, lui dit-il, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ?

26 Jésus lui répondit :

- Qu'est-il écrit dans notre Loi ?

27 Comment la comprends-tu ?

Il lui répondit :

- Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton énergie et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même.

28 - Tu as bien répondu, lui dit Jésus : fais cela, et tu auras la vie.

29 Mais l'enseignant de la Loi, voulant se donner raison, reprit :

- Oui, mais qui donc est mon prochain ?

30 En réponse, Jésus lui dit :

- Il y avait un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, quand il fut attaqué par des brigands. Ils lui arrachèrent ses vêtements, le rouèrent de coups et s'en allèrent, le laissant à moitié mort. 31 Or il se trouva qu'un prêtre descendait par le même chemin. Il vit le blessé et, s'en écartant, poursuivit sa route. 32 De même aussi un lévite arriva au même endroit, le vit, et, s'en écartant, poursuivit sa route. 33 Mais un Samaritain qui passait par là arriva près de cet homme. En le voyant, il fut pris de pitié. 34 Il s'approcha de lui, soigna ses plaies avec de l'huile et du vin, et les recouvrit de pansements. Puis, le chargeant sur sa propre mule, il l'emmena dans une auberge où il le soigna de son mieux. 35 Le lendemain, il sortit deux pièces d'argent, les remit à l'aubergiste et lui dit : « Prends soin de cet homme, et tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rembourserai moi-même quand je repasserai. »

36 Et Jésus ajouta :

- À ton avis, lequel des trois s'est montré le prochain de l'homme qui avait été victime des brigands ?

37 - C'est celui qui a eu pitié de lui, lui répondit l'enseignant de la Loi.

- Eh bien, va, et agis de même, lui dit Jésus.

 

À partir de là c’est toute une morale individuelle et par voie de conséquence toute une morale collective, sociale, nationale, universelle qui se définit. Révolution copernicienne par rapport à la morale (si l’on peut employer ce terme) qui préside à l’Évangile de l’Autre.

 

D’où merci encore à celui qui a pris nom de Barabbas pour remuer notre conscience.

 

 

Pierre Le Baut

12 – 10 - 2010

 

 

 



[1] « Évangile de l’Autre, selon Barabbas, avec une Préface de Satan lui-même et une mise au point de l’Archange Saint Michel », aux éditions de la Fondation littéraire ‘Fleur de lys‘. Accessible sur internet : Centpapiers.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site