Mission de France et Dominicains

 

Mission de France et Dominicains  en Algérie.

Honnêtement et spontanément, pour une comparaison entre les prêtres de la Mission de France et les dominicains à Alger pendant la guerre d’Algérie, je répondrai que les premiers se sont engagés plus individuellement, politiquement, sans lien explicite à une institution, et les seconds plus intellectuellement, de façon plus sociologiquement réservée, sachant qu’ils représentaient l’institution ecclésiale, de façon moins marginale. Les prêtres de la Mission de France d’Alger, avec l’abbé Scotto, sont venus à plusieurs reprises passer une journée de réflexion (récollection) au couvent du chemin Laperlier, sans pour autant nous associer formellement à leurs échanges.

 Les prêtres-ouvriers étaient un peu des francs-tireurs ; les prêtres de la Mission de France aussi et pouvaient être désavoués, ce qui n’a pas manqué d’être. Certains dominicains aussi bien sûr et ils ont du rentrer dans le rang. Je pense par exemple à Jean Cardonnel. Certains prêtres diocésains d’Alger ou d’Oran (Jean-Claude Barthès, l’abbé Bérenguer) se sont individuellement engagés, désavoués  ou ignorés par leur hiérarchie.

 Chez les jésuites, comme chez les franciscains ou chez les Pères blancs, il n’y a pas eu d’engagement spectaculaire. Les soutiens de Monseigneur Duval étaient peu nombreux (Scotto, qui était même plus que cela : un peu, non pas son mentor, mais au moins un conseil éclairé, à la sensibilité évangélique certaine).

 Au couvent dominicain (en moyenne 14 religieux durant les années 1954-1964) la communauté était divisée en deux : les anciens et les plus jeunes à peu près à part égale jusqu’en 1958. À l’occasion de mon élection priorale, cinq des plus “ingou-vernables” furent, à ma demande, assignés en France. Le jour de mon élection, le Père Provincial, Joseph Kopf, à qui j’avais dit que je ne pourrais diriger certains pères très engagés, m’avait assuré de son soutien. Il m’envoya le jour même une carte : « Le Père Provincial se réjouit, vous félicite et tiendra ses promesses ». A posteriori, je mesure le prix de leur obéissance religieuse et le poids de la décision que j’avais prise de demander leur départ.

 Les “jeunes” que nous étions, étaient liés d’amitié avec les prêtres de la Mission de France : Mamet, Lanquetot, Malmenaide, Kerlan, Fontugne. Et tous, quels que fussent nos sentiments et notre appréciation individuelle de la personnalité de Mgr. Duval, nous étions en accord avec ses positions et les défendions : nous ne devions représenter environ que 10 % de son clergé !

 Le témoignage que m’a rendu le Cardinal Duval, avant et après ma sortie de  l‘Église, pourrait s’adresser aux autres dominicains comme aux prêtres de la mission de France :

 Après mon élection comme Vicaire Provincial du Monde Arabe :

Archevêché d’Alger. Rome, le 10 avril 1970.

Mon bien cher Père,

Je regrette que vous abandonniez la responsabilité des émissions. Je reconnais cependant que vous êtes extrêmement chargé de travail ; à cause de cela seulement je n’insiste pas.Je vous parlerai de votre remplacement à mon retour de Rome. En attendant, je vous confie que nous avons pensé au Père Claverie. Vous me direz si ce choix aurait votre agrément.

Il est de mon devoir de vous dire la reconnaissance de l’Eglise d’Algérie et ma reconnaissance personnelle pour ces 12 années de dévouement à nos émissions catholiques. Vous avez su, en notre situation particulièrement délicate, unir une discrétion nécessaire à un authentique témoignage. Un désir : que vous acceptiez que votre successeur vous conserve dans la liste des prédicateurs, dans la proportion que vous souhaiterez.

Bien votre affectueusement en N. S.

† Léon Etien. Duval.

 Et, sept mois après mon mariage :

 Archevêché d’Alger. Alger, le 20 avril 1973.

Bien cher ami,

Aujourd’hui je reçois cette lettre qui vous est destinée. Je m’empresse de vous la faire suivre.

Je profite cde cette occasion pour vous dire que je vous garde une vive gratitude pour le bien que vous avez fait à Alger et en Algérie. Si nous avons eu - ce qui est normal - des points de vue différents, ce fut sur des points secondaires ; pour l’essentiel je me suis toujours senti soutenu par vous. Croyez que je vous garde une bien sincère affection, et que, au plan de la pensée, du cœur et de la prière, je considère qu’il n’y a rien de changé entre nous.

Je vous souhaite une bonne fête de Pâques et vous présente, bien cher ami, l’expression de mes sentiments les plus cordialement dévoués.

† Léon Etien. Duval.

 Ce sont là quelques indications qui peuvent guider votre recherche. Je ne pense pas que l’on puisse ajouter grand chose à l’étude tellement fouillée de Sybille Chapeu sur la Mission de France (à laquelle vous n’êtes pas étrangère et que j’ai acheté dans sa version algérienne en mai dernier à Alger). Pour ce qui est des dominicains, je viens de vous donner le climat et les grandes lignes, mais je reste à votre disposition pour éclairer certains points. La littérature sur Pierre Claverie est abondante mais concerne davantage la période postérieure à l’indépendance.

Par ailleurs, je vous signale que j’ai, à l’époque, publié un article donnant la dimension et la justification théologique de la déclaration du Cardinal Duval disant que : « en Algérie, l’Eglise, comme elle le doit, n’a pas choisi d’être étrangère, mais d’être algérienne ».

  Pierre Le Baut (O.P. de 1947 à 1972).

 Autres pistes à explorer pour le dictionnaire : l’aura des dominicains dans le clergé algérois lors de leur arrivée en 1932 :  appelés par l’archevêque Mgr Leynaud pour assurer une prédication de qualité, en particulier à la « messe des hommes » de la cathédrale, ils reçurent dans le Tiers-ordre plusieurs prêtres comme le futur Monseigneur Jacquier, auxiliaire de Mgr Duval, évêque in partibus de Sufasar, qui fut assassiné en pleine rue alors qu’il se rendait à l’archevêché, d’un coup de couteau dans le dos,  l’abbé Jean Scotto, futur évêque de Constantine, et quelques autres dont on devrait retrouver les noms dans les archives de la Province.

Parmi les victimes, n’oubliez pas François Chavanes, toujours vivant, mais qui reçu lui aussi un coup de couteau dans le dos, presque sur les mêmes lieux que Mgr Jacquier,  en sortant de l’archevêché. Coup qui fut dévié par la grosse parka qu’il portait durant l’hiver…

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