NOICE BIOGRAPHIQUE

 

PROJET DE NOTICE BIOGRAPHIQUE POUR LE DICTIONNAIRE DES FRERES PRECHEURS 

LE BAUT Pierre
LE BAUT Pierre Jean Joseph à l’état civil ; LE BAUT Marie-Dominique en religion

Né le 23 août 1925 à Blida (Alger)
Prieur du couvent d’Alger (1958-1972) ; vicaire provincial pour le monde arabe (1968-1972)
• Vestition pour la Province de France : 11 novembre 1947 au couvent Saint-Jacques à Paris
• Profession simple : 12 novembre 1948 au couvent Saint-Jacques à Paris
• Ordination sacerdotale : 12 juillet 1953 au Saulchoir à Étiolles
• Sortie de l’Ordre : octobre 1972


Fils d’un Breton, Joseph Le Baut, qui avait passé huit ans au petit, puis grand séminaire de Quimper (Pont-Croix) et fait quatre années de guerre (1906-1918).N’étant que sous-diacre, il n’avait pas rejoint le séminaire et était entré dans l’éducation nationale avec une double licence de Lettres classiques et d’Histoire obtenue à la Sorbonne à Paris. Il fut nommé à Blida où il épousa Jeanne Estorc, enseignante en sciences naturelles.

 Pierre Le Baut a pour grand-père maternel, Urbain Estorc (1868-1955), établi en Algérie après son service militaire dans les transmissions, receveur des Postes au moment de sa naissance, marié à une Ardéchoise, Mathilde Roche (1867-1947), elle-même em-ployée des Postes, dont les parents avaient acquis une concession agricole en Kabylie (Azazga) en 1882.

Né le 23 août 1925 à Blida, Pierre Le Baut fait ses études primaires à Philippeville où ses parents viennent d’être nommés, sa mère directrice du cours secondaire de jeunes filles et son père professeur au collège colonial de garçons. 

Après la mort de sa mère en 1938, Pierre Le Baut vit à Alger avec son frère aîné et son père, qui enseigne au lycée Émile-Félix Gautier où il est lui-même élève. Il fait partie des « cadets de la JEC », encadrés par des jésuites, et rencontre, grâce à l’un de ses camarades, le dominicain Louis Lefèvre*, qui non seulement lui donne libre accès à la bibliothèque du couvent de la rue Édith-Cavell*, mais va influer, ultérieurement, sur sa vocation. Après une terminale avec Roger Garaudy comme professeur de philosophie dont le militantisme marxiste ne fait que renforcer ses convictions religieuses, il songe à devenir religieux dans l’Ordre de Saint-Dominique. Son père, sans chercher à contrarier sa vocation, lui demande cependant d’obtenir un diplôme d’études supérieures avant de s’engager dans cette voie. Il suit alors des cours de philosophie à l’Université d’Alger tout en militant à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) comme secrétaire fédéral et, ayant passé avec succès les examens de la licence, il entre, en novembre 1947, au noviciat des frères prêcheurs au couvent Saint-Jacques* à Paris, sous la direction du père-maître Bernard-Marie Chevi-gnard*. Il effectue ensuite des études de philosophie, puis de théologie au Saulchoir à Étiolles* – qui compte alors 120 religieux, avec Nicolas Rettenbach* pour père-maître – qu’il termine avec un lectorat en théologie, en juin 1955.

Sensible à l’œcuménisme développé par Yves Congar*, il apprend, sur ses conseils, au cours de ses études, le russe dans la perspective d’être assigné à Istina*, mais le provincial, Vincent Ducattillon*, décide de l’envoyer à Alger, à la demande du prieur Thomas Boulay*, qui connaissait ses origines blidéennes. Pierre Le Baut arrive au couvent de la rue Édith-Cavell le 15 août 1955, dans un territoire où la guerre d’indépendance a commencé depuis le 1er novembre 1954. Il prend place dans une communauté où certains religieux, proches des colons français catholiques, sont favorables à l’Algérie française. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le nouveau couvent Saint-Albert-le-Grand, chemin Laperlier, est inauguré en avril 1956. Pierre Le Baut est affecté à plusieurs aumôneries : lycée, Paroisse universitaire, Amirauté d’Alger où il est désigné pour célébrer le culte dominical, secrétariat des Cahiers religieux de l’Afrique du Nord*.

Le père Boulay, par trop autoritaire ne fut pas réélu et son successeur, Ceslas Tunmer*, parachuté à Alger, désorienté par la situation politique qui oppose les membres de la communauté, démissionne en juin 1958, Pierre Le Baut – le plus jeune religieux du couvent – est choisi comme prieur. Il accepte cette charge à la condition que certains pères quittent le couvent. Soutenu par son provincial, Joseph Kopf*, qui partage son analyse sur la situation en Algérie, il obtient que les pères Michel Florent* et Paul-Marie Sirot*, qui tiennent des propos publics en faveur de l’Algérie française, regagnent la métropole. Le premier est assigné au couvent de Dijon*, le deuxième au couvent de l’Annonciation*, à Paris, mais doit d’abord aller seconder Rogatien Bernard* à Passe-Prest*. Deux ans plus tard, c’est au tour de Thomas Boulay de quitter l’Algérie.

Les débuts du priorat de Pierre Le Baut sont marqués par les réactions de la population « pied-noir » à la politique du général de Gaulle et les exactions de l’armée française qui commencent à être connues. La peur est omniprésente. Pierre Le Baut poursuit néanmoins son travail pastoral, notamment en prêchant chaque semaine la messe radiodiffusée, en publiant les Cahiers religieux de l’Afrique du Nord, dont il est le gérant, en tentant de faire respecter la foi et la civilisation musulmanes. Dans cette perspective, il invite Serge de Beaurecueil*, assigné au couvent du Caire*, spécialiste des mystiques musulmans, à prêcher la retraite conventuelle de 1959 et à faire deux conférences publiques : « L’amour de Dieu chez Hasan Baçri et Rabi’a Adawira » et « La recherche de l’absolu chez Abou Yazid Bistâmi et El Hallaj ». À la suite des violents affrontements de décembre 1960 lors du dernier voyage du général de Gaulle, Pierre Le Baut réitère, le dimanche suivant, l’appel au calme et à l’examen de conscience des auditeurs : « L’Église aurait-elle le droit de se taire aujourd’hui ? Certains pourraient penser qu’elle en a le devoir. Vous lui permettrez tout au moins de prier Dieu qu’il écarte de nous le fléau qui semble s’abattre sur notre pays, et pour cela de le prier de mettre en nos cœurs la sagesse et le calme. Nous vivons des heures graves. Je le sais autant que vous. Est-ce une raison pour perdre la tête et accomplir l’irréparable ? L’Église a rappelé récemment les droits de Dieu et les droits des hommes en ce douloureux conflit. L’avons-nous écoutée ? En notre âme et conscience, demandons-nous devant Dieu (et c’est grave de se mettre devant Dieu) si nous œuvrons pour lui. » Malgré tous ses efforts, il fait l’amer constat que ses paroles sont vaines.

Après les accords d’Évian et l’euphorie des premiers jours de l’indépendance, Pierre Le Baut, qui avait entre-temps été réélu prieur, se retrouve sans appuis sociologiques puisque la grande majorité des colons a fait le choix de quitter l’Algérie. Il ne reste qu’un microcosme composé de quelques prêtres, religieuses et rares laïcs qui ont opté comme lui pour la nationalité algérienne, décidés à se mettre au service de l’Algérie nouvelle. En mai 1963, il prend la décision avec sa communauté de louer le couvent Saint-Albert-le-Grand, désormais trop vaste et véritable gouffre financier, et de déménager dans un appartement rue Michelet (qui deviendra ensuite la rue Didouche-Mourad), composé de douze pièces. Une fois la communauté – constituée de Louis Lefèvre, Jacques-François Musnier*, Christian Massart*, François Chavanes*, Jean-Pierre Caboche* et de lui-même – installée dans ses nouveaux locaux, Pierre Le Baut multiplie les efforts pastoraux. Dans la mouvance du concile, il tient de nombreuses réunions avec des laïcs, donne des conférences sur l’avenir de l’œcuménisme, assure la prédication à la messe radiodiffusée. Le cardinal Duval lui rendra ce témoignage :
Rome, 19 avril 1970
« Mon bien cher Père,
Il est de mon devoir de vous dire la reconnaissance de l’Eglise d’Algérie et ma reconnaissance personnelle pour ces 12 années de dévouement à nos émissions catholiques. Vous avez su, en notre situation particulièrement délicate, unir une discrétion nécessaire à un authentique témoignage. »

Ses activités néanmoins lui paraissent assez vite insuffisantes et l’amènent à remettre en cause la nature de la présence dominicaine dans l’Algérie indépendante. Témoigner, certes, mais comment ?
Il essaie de mettre en œuvre, au cours de l’année 1964, une librairie qui serait aussi un centre de documentation que le père Pierre Boisselot* et Georges Hourdin désiraient ouvrir à Alger sous le patronage de la revue Croissance des jeunes nations. Il doit abandonner ce projet, car le local prévu, à proximité de l’aumônerie tenue par des jésuites, aurait semblé lui faire concurrence, ce qui ne saurait convenir entre religieux. Il tente et réussit à publier quelques numéros d’une nouvelle revue Aujourd’hui* qui se veut la suite des Cahiers religieux d’Afrique du Nord, dont la parution avait cessé début 1961 qui, écrira-t-il plus tard, « rassemblait les signatures des chrétiens les plus engagés alors dans le double combat de l’aggiornamento conciliaire et de l’algérianisation de l’Église ». Le numéro 0 date de Pâques 1964, le dernier, numéro 9 est daté de janvier 1966, mais devant les difficultés croissantes d’obtenir l’imprimatur, elle cesse de paraître. Confirmé dans sa charge de supérieur pour un troisième priorat le 3 octobre 1964, Pierre Le Baut continue à réfléchir sur la signification de leur implantation alors que les charges pastorales sont de moins en moins nombreuses. Cherchant à situer la communauté dans le monde algérien, en lien avec le diocèse d’Alger en continuant à prêcher, à organiser des cycles de conférences, à assurer des aumôneries (notamment la Paroisse universitaire, les équipes enseignantes, les équipes Notre-Dame et Saint Dominique), à réunir des coopérants, il soutient François Chavanes dans sa démarche consistant à obtenir un diplôme de l’Institut international de recherche et de formation en vue du développement harmonisé (IRFED*), créé par Louis-Joseph Lebret* en 1958, lui donnant le titre d’ingénieur des travaux agricoles. Cette qualification permet à François Chavanes, qui avait obtenu la nationalité algérienne, d’entrer en août 1965 au ministère de l’Agriculture, au service des études statistiques.

Cet engagement, mais aussi ceux de Christian Massart, professeur de mathématiques pour adultes et de Jean-Dominique Caboche, membre du jury permanent du conservatoire d’Alger, pour la diction, la comédie et la tragédie en langue française, conduisent Pierre Le Baut à accepter de travailler au bureau d’études du ministère des Habous (ministère du Culte, des biens religieux et de l’enseignement coranique). Son travail à mi-temps, qui va durer de janvier 1966 à septembre 1968, consiste à étudier de nombreux projets de lois et de formuler l’avis du ministère du culte musulman puis, plus intéressant, à rédiger le statut des ministres des cultes non musulmans et une « Défense et illustration » des instituts islamiques.

Ces insertions professionnelles dans la société algérienne, dont la langue arabe devient l’expression de l’algérianité, déterminent Pierre Le Baut à réclamer au chapitre provincial l’assignation de frères qui souhaitent s’arabiser. Il obtient ainsi que Jean-Marie Mérigoux* et Pierre Claverie* rejoignent Alger et puissent, en étudiant l’arabe, apporter leur ouverture au monde musulman. À la demande du provincial Nicolas Rettenbach, qui envisage non seulement de rattacher la communauté d’Alger au vicariat du Monde arabe, mais de lui confier la charge de vicaire provincial, Pierre Le Baut entreprend en avril-mai 1968 un périple pour visiter les maisons de Beyrouth*, Bagdad*, Mossoul* et Le Caire à la fois pour connaître leur situation et être connu des religieux qui y sont assignés. Nommé puis élu en mars 1969 vicaire provincial, il cède sa charge de prieur à Jean-Pierre Voreux*.

Bien que l’entrée dans le Monde arabe élargisse le cadre de la maison d’Alger, la communauté peine à « s’algérianiser ». Jean-Dominique Caboche rentre en France, et comme Pierre Le Baut l’écrira lui-même : « Vie professionnelle laïque et vie religieuse se superposaient sans réellement s’interpénétrer. Spectateurs critiques plus qu’acteurs respon-sables, tant dans l’Église locale que dans l’Algérie musulmane, nous attirions, volens nolens, tout un petit monde de coopérants qui trouvaient chez nous un accueil intellectuellement et amicalement confortable, et quelques rares Algériens en quête d’un lieu de respiration plus libre et valorisés par l’intérêt que nous leur portions. Nous étions un peu plus qu’un conglomérat de célibataires, rassemblés par une commune formation et un réel désin-téressement, mais nous n’étions ni Algériens à part entière, ni coopérants ; ni riches, ni réellement pauvres (« on n’a jamais vu un religieux ou une religieuse mourir de faim », disait le père Chavanes). Notre solidarité avec l’Algérie était tout intellectuelle et notre solidarité avec l’Église locale était, en quelque sorte, tangentielle. Le thème spirituel de l’enfouis-sement et du grain caché en terre avant germination nous était de quelque secours. Mais de tout cela nous parlions peu entre nous. »

Ayant démissionné de son poste de travail au ministère des Habous, Pierre Le Baut est embauché à mi-temps, le 30 septembre 1968 à la Sonatrach (Société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures) en tant que psychologue chargé des recrutements. Il côtoie des jeunes psychologues et psychotechniciens algériens « compé-tents et motivés » qui, dira-t-il, lui apprennent le métier dont il n’avait de connaissance que livresque. Le 15 février 1970, il devient salarié à plein temps à la Sonathyd (travaux hydrauliques) comme chef du service de la formation professionnelle jusqu’en juillet 1971 où il entre comme responsable du service « Sélection Formation » de la DNC-ANP (Direction nationale des coopératives de l’Armée nationale populaire), entreprise de travaux de construction avec les moyens et les personnels reconvertis de l’armée.

C’est à cette  époque que Pierre Le Baut, sérieusement ébranlé depuis quelque temps dans sa foi en l’Eglise rencontra Réjane Toulgoat, professeur de lettres, arrivée à Alger le 9 juillet 1962, avec son mari, Algérien des Aurès et leur fils de six mois et demi. Elle avait été la première à se présenter au rectorat et nommée au lycée de garçons Okba puis au lycée de filles Frantz Fanon. Précédemment à Paris en 1948, s’étant intéressée au renouveau de l’Art sacré par les pères Régamey* et Couturier*, elle avait fréquenté le couvent Saint-Jacques. Elle vint donc tout naturellement faire connaissance avec les dominicains d’Alger et d’abord le prieur, Pierre Le Baut. Devenue veuve en 1967, mère alors de deux enfants, elle finit son année scolaire et rentra en France en 1968. En 1972 ils décidèrent de se marier.

Quelques mois après son mariage, il reçut du cardinal Duval un témoignage auquel il fut particulièrement sensible :
Archevêché d’Alger.    Alger, le 20 avril 1973.
« Bien cher ami,
Aujourd’hui je reçois cette lettre qui vous est destinée. Je m’empresse de vous la faire suivre.
Je profite de cette occasion pour vous dire que je vous garde une vive gratitude  pour le bien que vous avez fait à Alger et en Algérie. Si nous avons eu – ce qui est normal des points de vue différents, ce fut sur des points secondaires ; pour l’essentiel je me suis toujours senti soutenu par vous. Croyez que je vous garde une bien sincère affection, et que, au plan de la pensée, du cœur et de la prière, je considère qu’il n’y a rien de changé entre nous. 
Je vous souhaite une bonne fête de Pâques et vous présente, bien cher ami, l’expression de mes sentiments les plus cordialement dévoués. »          † Léon Etienne Duval.  

Le 30 septembre 1972, Pierre Le Baut avait rejoint Paris où il avait trouvé un poste dans les Bureaux de la Société pour l’expansion de l’industrie en Algérie (Expansial). Après son mariage (28 octobre 1972), cherchant un emploi plus rémunérateur et ayant posé sa candidature, il devient directeur du personnel de 1974 à 1990 au Centre national d’art et de culture Georges Pompidou (CNACGP), puis, une fois retraité, accepte les fonctions de secrétaire de la Société des études camusiennes où il assumera la rédaction et composition du Bulletin de 1990 à 2005. De 2005 à 2012 il fit plusieurs voyages en Algérie pour la promotion des ouvrages sur le poète, homme de radio, surtout homme politique engagé avec le général de Gaulle pour l’indépendance de l’Algérie, Jean El-Mouhoub Amrouche, écrits certains par Réjane, d’autres par eux deux et publiés en Algérie (Blida et Alger).


Œuvre : « De quelques Nord-Africains… Pères de l’Église », L’Afrique dominicaine, 2, avril-juin 1956, p. 529. — Cahiers religieux d’Afrique du Nord : « Dieu et César », 3, avril-juin 1957, p. 84-86 ; « L’Algérie et sa jeunesse », 4, juillet-septembre 1957, p. 114-120 ; « Tunisie sève nouvelle », 5, octobre-décembre 1957, p. 175-176 ; « À travers les revues Nord-Africaines », 7, avril-juin 1958, p. 250-252 ; « Apparitions et théologie », 8, juillet-septembre 1958, p. 283-285 ; « Pour une vision chrétienne de l’islam », 12-13, 2e et 3e trimestre 1959, p. 86 ; « La guerre d’Algérie par Jules Roy », 17, octobre-décembre 1960, p. 277. – Dans la revue Aujourd’hui : n° 0 : Evangile pour aujourd’hui : Il n’y a pas de prochain (le prochain ce n’est pas l’autre, c’est toi qui est ou n’est pas proche) p. 11-13 ;   
n° 1, Vocabulaire et théologie : Eglise algérienne, p. 30-33 ; n° 4,L’Evangile,  révolution permanente, p. 14-17 ; n° 5, Pour lire les signes des temps : la théologie, intelligence de la foi, p. 12-18 ; n° 9 : l’Eglise est une communion, p. 1-2. 
D’hier à aujourd’hui. Fragments de mémoire d’un ex-dominicain, manuscrit inédit (2006) 150 pages. 
- « Brèves remarques en marge de la communication de Nathalie Viet-Depaule et de Tangi Cavalin », dans Vincent Joly et Patrick Harismendy (dir.), Algérie : sortie(s) de guerre 1962-1965, Rennes, PUR, 2014, p. 107-110.

Sources : Archives dominicaines de la Province de France. — L’Afrique dominicaine, 3, juillet-septembre 1955, p. 611-614. — Tangi Cavalin, Nathalie Viet-Depaule, « Feu la chrétienté algérienne : les prêtres français de la Mission de France et du couvent dominicain d’Alger », dans Vincent Joly et Patrick Harismendy (dir.), Algérie : sortie(s) de guerre 1962-1965, Rennes, PUR, 2014, p. 93-106.

Ici pourrait s’arrêter la notice concernant le frère Marie-Dominique Le Baut, lorsqu’il quitta Alger et l’Ordre. Cependant sa vie s’est prolongée actuellement, en 2015, hors de l’Ordre depuis plus de quarante-trois ans. Laissons désormais la parole et la respon-sabilité de ses propos  à monsieur Pierre Le Baut : 

« Je quittai Alger et le couvent en septembre 1972 avec un alibi professionnel à peu près crédible et avec une relative discrétion. Je n’avais, en effet, aucune envie de faire scandale dans une ville où j’étais, disait-on, connu comme le loup blanc. La Société EXPANSIAL (Société pour l’expansion de l’industrie en Algérie) qui cherchait un psycho-logue algérien connaissant bien la France, avait son siège à Paris, près de l’Opéra et m’avait recruté. J’y fus chargé de la sélection de cadres pour l’Algérie, en particulier pour la DNC-ANP : Direction nationale des coopératives de l’Armée Nationale Populaire.

Marié le 28 octobre 1972, au bout d’un an, je me rendis compte que cette situation était sans grand avenir, fragile même et peu rémunératrice. Pour ma nouvelle famille, bien que Réjane eût un poste stable de professeur, il convenait que je trouve une situation meilleure. Nous habitions à Montrouge, avenue Jean Jaurès. Le hasard (d’aucuns diraient la Providence) fit bien les choses. Une petite annonce dans la Presse faisait savoir que l’on recherchait « un Directeur du Personnel et de la Formation » pour un Etablissement public à caractère culturel, au centre de Paris. Contacter Hervé Le Baut, psychologue, avenue Jean Jaurès à Puteaux (quartier de la Défense) ». Je me dis qu’avec une telle accumulation de similitudes : Le Baut, psychologue, avenue Jean Jaurès, ce chargé de recrutement, ne serait-ce que par curiosité, ne manquerait pas de répondre à ma lettre. Je lui adressai donc mon curriculum, avec un blanc de 1947 à 1966, qu’il faudrait bien expliquer de vive voix. Et c’est ce qui arriva. Convoqué ainsi que de nombreux autres candidats, je rencontrai ce recruteur, breton de Châteaulin (sans parenté directe avec les Le Baut de Pleyben), qui partit d’un grand éclat de rire quand je lui dis que j’avais été religieux durant vingt-cinq ans et que je venais de me marier : « Moi aussi ! » me dit-il : il avait été Oratorien et s’était récemment marié ! L’entretien fut sérieux, approfondi mais aussi chaleureux. Et ma candidature fut proposée à ce qui devait devenir le Centre National d’Art et de Culture Georges Pompidou (CNACGP), alias Beaubourg, où, après un nouvel entretien, je fus nommé Directeur du personnel et de la formation de 1974 à 1990. J’ai eu, dans ces fonctions beaucoup de satisfactions, et mes diverses activités antérieures, tant religieuses que laïques, facilitèrent mon adaptation  à ce nouveau métier.
Mon père mourut à Nantes en février 1976, à l’âge de 85 ans, sans avoir su que je m’étais marié, ce qui, de l’avis de ma famille, lui aurait fait une peine immense et aurait pu lui être fatal. Je lui écrivais et lui rendais visite régulièrement, en laissant planer un certain flou sur mes activités. 
    J’ai donc exercé les fonctions de directeur du personnel (recrutement et formation) depuis les origines du Centre Pompidou, avant même qu’il ne sortît de terre, recrutant la majorité des cadres et employés, environ 800 en dix-sept ans, ce qui fait que là aussi j’étais connu comme le loup blanc par des gens qui m’avaient tous de la reconnaissance pour les avoir recrutés. Je pris ma retraite à soixante-cinq ans, en septembre 1990, après avoir été décoré de l’Ordre du mérite national par la Présidente de Beaubourg, Hélène Arweilher. Celle-ci, connaissant mon passé et devant plusieurs dominicains (Rettenbach, Marneffe, Colombier, Blanquart) que j’avais invités, fit allusion à ma formation théologique, reine des disciplines, sommet de la culture,  déclara-t-elle. ! Beaubourg aura été une grande aventure, et même si mes fonctions étaient plus administratives que directement culturelles, le milieu dans lequel j’ai évolué, aussi longtemps exactement qu’au couvent d’Alger, aura été humainement très porteur. 

Entre temps, Réjane, tout en continuant d’enseigner, avait soutenu en Sorbonne un doctorat ès lettres, en 1988, sur le poète, écrivain, homme de radio et homme politique, kabyle et chrétien, Jean Amrouche. Son jury fut présidé par André Mandouze. Les recherches de documents inédits sur cet auteur nous occasionnèrent de nombreux voyages et rencontres, en France et à l’étranger, notamment en Algérie, en Tunisie, en Suisse et en Italie. Le tout déboucha, sur la publication de plusieurs ouvrages, à Paris et en Algérie :

 Jean El-Mouhoub Amrouche, Algérien universel, Paris 2003, 2006, Alger 2015
J.A. Mythe et réalité, Editions du Tell,  Blida, 2005
J.A. déchiré et comblé, Editions du Tell, Blida, 2009 
J.A., lumière sur l’âme berbère, Editions du Tell, Blida, 2011 
Camus Amrouche : des chemins qui s’écartent, Editions Casbah, Alger, 2014, que nous avons rédigé ensemble.
Depuis 2005, Réjane a  été invitée à faire des conférences dans les Centres culturels algé-riens et à la cathédrale d’Alger puis au Centre diocésain des Glycines, ainsi qu’une émission d’une heure sur Berbère-Télévision en février 2006. Notre couple fut très touché de sentir à nouveau la gentillesse des Algériens et le dévouement efficace  de leurs nouveaux amis.
J’ai, en outre, publié sur le site internet canadien “Cent papiers” plusieurs articles : Benoit XVI à Ratisbonne ; Foi et raison dans le dialogue interreligieux ; Maitre Cerveau sur son homme perché ; Avatars d’intuitions chrétiennes : le web (noosphère), la pub (incul-turation) ; Pomme d’Adam et pomme d’Apple ; Clochers et minarets… 
De 1990 à 2005 j’ai assuré le secrétariat de la Société des études camusiennes dont je dirigeai entièrement le Bulletin trimestriel, de sa conception à son expédition.
J’étais désormais père de famille, ayant légalement adopté les deux enfants de Réjane : François et Sophie, qui portent désormais mon nom. François est avocat et père de quatre enfants.  Sophie, quant à elle, diplômée de l’Institut des Sciences Politiques de Paris et  de l’Ecole nationale d’administration, énarque, elle est administratrice civile et mère de deux filles. »         
Montrouge, 4 février 2016, après 25 ans de vie religieuse et 43 ans de vie conjugale.

Pierre Le Baut

 

 

 

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