Pomme d'Adam et pomme d'Apple

Pomme d’Adam  et Pomme d’Apple

ou    

Bill Gates et/ou Benoît XVI ?

Opposition ou complémentarité ? … à moins que ce ne soit dépassement !

 Dans la même noosphère cohabitent le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal et le fruit de la connaissance tout court, la morale et la vérité, symbolisés par la pomme qu’Ève offre à Adam, et la pomme du célèbre système informatique Apple.

 La morale de la religion est incarnée dans notre occident par le héraut actuel de la culture judéo-chrétienne, Benoît XVI, qui se veut le champion de l’amour de charité, tandis que la figure emblématique de la philanthropie planétaire est peut-être le multimilliardaire Bill Gates, principal actionnaire des ordinateurs à la pomme, fruit non défendu, qui a décidé de consacrer 90 % de sa fortune à soulager efficacement la douleur de monde, unissant le profit à l’entr’aide, l’intérêt personnel au soin des autres, et invitant tous les riches à en faire autant.

 Faudrait-il continuer de craindre le Dieu vengeur qui a chassé l’humanité du paradis et réparer la faute originelle par la charité universelle, ou ne faut-il pas, plus concrètement, renoncer à la moitié de sa fortune, voire même plus si celle-ci est grande, comme autrefois le publicain Zachée, selon l’évangile de Luc (XIX, 8) et ses rares émules d’aujourd’hui, du financier à la star, sans autre motivation que la solidarité  dans la communauté de destin humain, sans référence transcendantale ?

L’un n’est pas exclusif de l’autre, et d’ailleurs l’attitude “religieuse” n’est pas, tant s’en faut, excsive de l’attitude “humanitaire”, et je ne pense pas que nombreux soient ceux qui optent pour une conduite évangélique au nom du pari de Pascal, ayant tout à gagner et pas grand chose à perdre : en fait, si, c’est perdre beaucoup que d’avoir une charité contaminée par une espérance personnelle, au fond égoïste.

Après tout peu importe : ce qui compte c’est ce que l’on fait concrètement, et il est des hommes justes de toute obédience. N’oublions pas, cependant, que l’idéologie risque de pervertir les meilleures intentions et actions. Ce que Lucrèce (98 - 54 av. J.C.) dénonçait déjà en s’en prenant aux superstitions qui, à son époque, s’appelaient : religio :

Tantum religio potuit suadere malorum  -  (De natura rerum, I, 101:  Que de forfaits la “religion” n’a-t-elle pas suscités !

 Thème largement repris  tant par Montaigne que par Voltaire, Rousseau ou Montesquieu, et plus proche de nous par le philosophe Alain (1868-1951)[1], qui nous rappellent que les guerres de religion d’hier ne sont pas éteintes aujourd’hui :  les monothéismes demeurant hélas encore en pointe pour provoquer la violence, comme le soulignait récemment encore Stéphane Hessel.Ces quelques réflexions viennent en complément de ce que j’ai évoqué dans mes textes antérieurs, et ne sont pas que mouvement d’humeur, mais souci de vérité concrète.

Pierre Le Baut

 

       

[1] Dans ses Propos, au sujet de cette sentence de Lucrèce, Alain s’explique : « Je remonte au sacrifice d’Iphigénie et aux folles idées des vents et des flots que formaient ces hommes cruels. Mal adaptés, dirais-je ; car, dans la pire tempête, si vous nettoyez bien vos lunettes de chair, par lucide expérience, il s’agit de bien ramer et de tendre la voile comme il faut. Et cette autre manière de naviguer, par le sang d’une vierge et fureurs folles du même genre, j’y vois l’effet d’une peur adorée, et l’horrible tremblement du fanatique. À quoi ne peut remédier la lumière du soleil, qui n’y peut rien, mais seulement le lucide regard de la raison éclairant l’expérience. » … Avant de recourir au mystère de la volonté des dieux, chaussons donc nos lunettes de chair.

 

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