Préalable théologique

 

PRÉALABLE THÉOLOGIQUE

 

Par définition, le théologien chrétien pose au point de départ de sa réflexion l’existence d’une réalité totale, absolue, hors du temps et de l’espace (qui sont les coordonnées premières de notre univers), origine précisément de ce temps et de cet espace qui sont la condition de toute existence différenciée et que l’on nomme création. Cette réalité que la conscience humaine appelle Dieu inclut nécessairement en elle toutes les existences différenciées dans leur autonomie. Avant l’Être il n’y a rien, en dehors de l’Être il n’y a rien.  On ne peut même pas dire cela car le rien n’existe pas. Tout est.

Il s’agit-là d’une aporie. Affirmation indémontrable, mais qui s’impose d’elle-même.

Que Dieu, ainsi conçu, est sensé avoir parlé aux hommes  par “révélation”,  c’est la première inculturation. La transmission de cette Parole se fait dans un langage humain. Son expansion se fera à l’intérieur d’une culture vers une autre culture. Tout s’enchaîne dans un processus de communication et de transmission d’un message. La “Parole de Dieu” aux hommes n’est donc pas divine mais humaine, c’est une parole d’hommes s’exprimant dans une certaine culture, puisqu’il n’est pas possible de remonter aux origines, aux premiers hommes doués de conscience et de parole, - si tant est qu’il y ait eu un vrai commencement. Il faut donc accepter une culture de base, la culture hébraïque, puis hellénistique qui connote tous les concepts religieux chrétiens. Le message originel primitif de cette religion qui se revendique révélée devra donc s’adapter à d’autres cultures. Il ne s’agit donc pas d’in-culturer un système de valeurs matriciel dans une pluralité de systèmes issus d’une longue évolution, mais d’inséminer ces différents systèmes, ces différentes cultures avec une vision de monde, de l’homme et de son destin qui viendrait directement du Dieu-Créateur.

Que cela est prétentieux, de la part d’une doctrine dont on peut suivre le cheminement depuis quatre ou cinq millénaires, - temps très bref depuis qu’il y a des hommes et qui pensent ! Et que cela relève de l’anthropomorphisme inhérent à toute réflexion humaine sur l’origine du monde !

Ne vaudrait-il pas mieux s’employer à faire naître et se répandre une « civilisation de l’amour et de la paix » comme y a appelé le Pape Paul VI, en 1970, formule reprise par Jean-Paul II et Benoît XVI ? Le christianisme, dans son essence et dans ses principes fondateurs, - mais beaucoup moins dans son histoire ! - pourrait alors en être le vecteur s’il cessait de vendre, comme en un paquet-cadeau, vingt siècles de formulations dogmatiques et d’histoire très humaine qui se veut histoire sainte. Mais il faudrait qu’il (le christianisme) et elle (l’Eglise) s’effacent totalement dans la transmission du message. Rien n’indique qu’ils y soient prêts… 

 

INTUITIONS


Le Père THEILARD de CHARDIN (sj)  a eu l’intuition de la noosphère comme le Père ARRUPE (sj) a eu celle de l’inculturation. Tous deux d’ailleurs à partir des intuitions, moins claires mais prometteuses, de Vladimir Vernadski en 1924 pour l’une et du Père J. Masson s.j. en 1962 pour l’autre.

La noosphère de Teilhard s’est, si l’on peut dire concrétisée, matérialisée dans le système internet et n’est peut-être rien d’autre que la « toile d’araignée mondiale » WWW. C’est une réalité concrète, comme le sont les ondes, comme le sont les idées qui ont dû être pensées par un cerveau d’homme et s’incarner dans un langage.

L’inculturation, entreprise de transformation des modes de penser des non-chrétiens par une nouvelle attitude des missionnaires à l’égard de leurs cultures, a été adoptée et utilisée par les publicitaires et autres communicants comme la méthode indispensable pour faire passer leur message en parlant le langage du public ciblé.

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La noosphère, identifiée par Pierre Teilhard de Chardin dans Le Phénomène humain, serait le lieu de l'agrégation de l'ensemble des pensées, des consciences et des idées produites par l'humanité à chaque instant. Cette notion, qui repose généralement sur des considérations plus philosophiques que scientifiques : « [C]’est vraiment une nappe nouvelle, la ‘nappe pensante’, qui, après avoir germé au Tertiaire finissant, s’étale depuis lors par-dessus le monde des Plantes et des Animaux : hors et au-dessus de la Biosphère, une Noosphère », une sorte de couche de faible épaisseur entourant la terre. Le modèle qu'il propose pour notre planète se composerait donc de différentes couches en interaction : la lithosphère, noyau de roche et d'eau ; l'atmosphère, enveloppe gazeuse constituant l'air ; la biosphère constituée par la vie ; la technosphère résultant de l'activité humaine ; la noosphère ou sphère de la pensée. Il n’y aurait donc pas de solution de continuité entre la matière et la pensée. C’était la préfiguration, l’intuition de ce qui allait devenir  le World Wide Web, littéralement la « toile (d’araignée) mondiale », communément appelé le Web, la Toile ou le WWW, qui est un système hypertexte public fonctionnant sur Internet permettant de consulter des milliards de pages accessibles sur des sites et mettant en communication chaque « internaute » avec le monde entier instantanément. C’est une incommensurable révolution culturelle.

 

 L’inculturation.  Le grand missiologue belge, Pierre Charles, s.j., avait introduit en missiologie le terme inculturation, mais lui avait donné le même sens anthropologie que celui d'enculturation qui signifie le processus selon lequel on acquiert sa propre culture. C'est J. Masson, s.j., qui inventa l'expression «catholicisme inculturé» en 1962. Il faut cependant attendre encore presque quinze ans pour qu'on utilise le terme d'inculturation dans son sens théologique présent. C'est à la 32e Congrégation de la Société de Jésus de décembre 1974 à avril 1975 qu'on doit, semble-t-il, en attribuer la première utilisation et au père Pedro Arrupe, général des Jésuites du temps, l'introduction au Synode romain des évêques de 1977 sur la catéchèse. Le pape Jean-Paul II le reprit officiellement dans sa lettre apostolique Catechesi Tradendæ de 1979 et, de ce fait, lui donna une portée universelle.

 La publicité s’est depuis emparé de ce concept et en a manifesté le vrai visage.

D’origine religieuse, théologique, ce terme pourrait désigner ici la manière d’adapter les concepts publicitaires à l’univers socio-culturel des cibles.

Au lieu d’user des codes prétendus universels, une tendance de la publicité consiste à partir de la culture locale afin de parler le même langage que la cible. Qu’on le remarque bien : il ne s’agit pas que d’une question rédactionnelle. Nous parlons de la structure du message publicitaire dans son ensemble. La démarche part d’un constat selon lequel la publicité véhicule des idéologies et des valeurs qui ne nous appartiennent pas forcément. Les cibles sont souvent lésées et se battent pour décrypter le message qu’on leur adresse, il y a donc un risque pour l’annonceur de ne pas se faire comprendre. C’est pourquoi, l’inculturation est une réponse locale au problème de la mondialisation des campagnes publicitaires.

La “nouvelle évangélisation” prônée par le Vatican semble bien répondre à ce même souci d’efficacité dans la transmission de son message. Comme il est naturel, l'Eglise qui est de son temps, avec parfois un peu de retard, s'adapte aux exigences du moment.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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