Quelle trace?

           Quelle trace ?

Quelle trace laisserons-nous de notre passage sur cette terre ? Depuis l’origine du monde, des milliards de milliards d’êtres pensants ont vécu et sont morts avec cette extraordinaire faculté de “penser”. Que nous en reste-t-il ? Tous les savoirs faire et tous les savoirs accumulés et transmis, dont chacun est héritier et vecteur. L’ensemble contribue au progrès, comme chaque tour d’hélice fait avancer le navire, alors que le bouillonnement et l’écume qui restent visibles un instant dans le sillage sont appelés à disparaître. Cette image donne à penser que la trace n’est pas très importante et qu’il ne faut pas confondre la cause avec ses effets.

François Pétrarque (1304-1374), dans son livre Le Secret, qui est un dialogue imaginaire avec Saint Augustin (354 - 430), fait dire à celui-ci que l’on meurt trois fois : de mort physique bien sûr, puis lorsque la stèle du tombeau est détruite ou que l’épitaphe en est effacée, et une autre fois encore lorsque les livres que l’on a écrits sont perdus ou détruits. Plus rien ne reste alors dans la mémoire des hommes ; « Quand tes livres mourront, tu mourras toi aussi. Ce sera ta troisième mort ». Cela, pour ceux qui écrivent[1]. Il y a d’autres manières d’imprimer sa marque : toutes les inventions qui sont bien souvent identifiées par le patronyme de leur créateur dont la mémoire ainsi nous reste.

La transmission des savoirs est essentielle au progrès, c’est une évidence. Dans le domaine de toutes les techniques. Qu’en est-il de la pensée dite philosophique, interprétative, donnant du sens et orientant l’action ? Peut-on parler de “progrès” dans ce domaine et de paternité ? Socrate, Platon, Confucius, Jésus, Mahomet, Copernic, Galilée, Descartes, Kant, Marx… Arrêtons nous ! ces exemples suffisent. Ils n’ont pas connu la troisième mort. D’autres, anonymes, en foule, auront marqué, marquent et marqueront les progrès de l’humanité. Chacun en fait partie et sera le “soldat inconnu”, ou pire encore … la femme du soldat inconnu,  de la transmission des cultures qui font avancer le bateau humain.

Ô mânes et traces de Pic de la Mirandole (1463 - 1494) !

 Il est permis, lecteurs que nous sommes, d’être fascinés par le bouillonnement du sillage !

Pierre Le Baut.


[1] Au petit matin du 23 novembre 2010, dans sa chronique quotidienne sur France Culture, Jean-Louis Ézine se demandait, lui aussi, quelle trace laissent les livres, et il ironisait sur le fait que les invendus qui partent au pilon sont transformés en pâte à papier réutilisée pour fabriquer les cartonnages qui servent à transporter les pizzas livrées à domicile, garnies de cette excellente pâte. Quand vous verrez passer une mobylette de livraison, saluez, c’est une bibliothèque qui passe ! Cette chronique était intitulée : Complètement livre… Troisième mort, vraiment.

 

 

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